De Conception à Junin de los Andes
Vendredi 25 septembre Conception
Conception est une grande ville sans originalité. La Plaza de la Independencia et la zône piétonne sont agréables et il y a foule dans les rues. Il y a aussi beaucoup de policiers avec des chiens peu avenants et de nombreux clochards et estropiés qui font la manche. Très peu de bons restos et une ribambelle de fast food, c'est une ville qui ne m'emballe pas.
Samedi 26 septembre Conception - Bivouac avant Nacimiento 96 km
Je sors de la ville par un pont immense de plus de 2 km sur le Rio Bio Bio. La route est facile et agréable avec la forêt et de petits lacs d'un côté et le rio de l'autre, qu'elle suit jusqu'à Santa Juana à 50 km. Je discute un bon moment avec un groupe de cyclistes. l'un d'eux, Fernando, adepte du triathlon, revient du marathon de Berlin. Son super vélo doit peser moins de 6 kg.
Après Santa Juana, il ya quelques montées assez dures mais courtes. Le décor champêtre est toujours aussi beau et les paysans labourent toujours avec des boeufs. Vers 17h00, je m'installe sous un pont, pour camper près d'une rivière très jolie. Sur la route il y a peu de passage et la nuit est très calme.

Avant Santa Juana Santa Juana
Dimanche 27 septembre Bivouac avant Nacimiento - Los Sauces 80 km
Je démarre avec soleil et ciel bleu mais le vent glacial est là aussi. Je longe la rivière pendant un bon moment. Le paysage est le même que la veille, avec beaucoup de verdure et de nombreux chevaux et bovins dans les champs. Les montées et descentes alternent pendant toute l'étape et c'est plus difficile qu'hier car le vent de face est plus violent. Le village de Los Sauces est minuscule. Il n'y a qu'un seul petit hôtel mais très sympa et pas cher.

Devinez d'où vient le vent... Avant Los Sauces
Lundi 28 septembre Los Sauces - Victoria 68 km
Je pars vers 08h00 par beau temps froid mais pas de vent. La route est très calme, de grands champs vert fluo alternent avec les forêts d'eucalyptus. Au loin, je vois la silhouette enneigée d'un géant, c'est le volcan Llaima. Il forme un cône parfait. Au fur et à mesure que je me rapproche, d'autres apparaissent. Deux puis trois et enfin cinq volcans sont maintenant alignés, montagnes blanches très pointues et majestueuses.
Je m'arrête assez tôt à Victoria pout réparer une pédale défectueuse qui prend beaucoup trop de jeu à mon goût. Au magasin où je vais acheter la clé pour le démontage, le patron, un vieux monsieur très gentil, m'en fait cadeau. J'effectue la réparation mais j'ai des doutes sur le résultat car le boulon est foiré. Je verrai demain et si ce n'est pas concluant, je changerai les pédales.
Plutôt que la route directe (trop facile...), j'ai choisi une route en ripio sur la Cordillère, qui traverse le Parque Nacional Conguillo, qui est parait-il, superbe.
Avant Victoria Volcan Llaima
Mardi 29 septembre Victoria - Bivouac Parque Conguillo Captren 79 km
Je sors de Victoria par beau temps et pas de vent. La route est tranquille avec peu de trafic et peu de montées. Je me dirige droit sur le volcan Llaima, qui est un des plus grands du Chili et le plus actif. Sa dernière éruption date du 1er janvier 2008. Il sera mon point de mire toute la journée. La pédale défectueuse refait des siennes. J'ai beau reprendre le jeu, le boulon est cuit. Lorsque je repars après le casse croûte, c'est la panne, la pédale fout le camp. Je fais une réparation de fortune sur le bord de la route. Une voiture de police s'arrête et m'informe qu'il y a bien un magasin de vélos à Curacautin, le prochain village à à une dizaine de km. Je repars tout doucement quand les carabiniers font demi tour et me proposent de m'emmener. A 13h30, ils me déposent devant le magasin qui ouvre à 15h00. C'est sympa et je démonte les vieilles pédales en attendant l'ouverture. Le vélociste, prévenu qu'un étranger faisait le pied de grue devant son commerce, vient et ouvre spécialement pour moi. Ils sont vraiment chouettes dans ce pays. A 14h00 je suis de nouveau en route pour le Parque Conguillo. Après 10 km, le goudron laisse la place au ripio. Sur le guide il est écrit "bon ripio". C'était avant l'éruption du Llaima !!! Aujourd'hui il est un peu pourri et bien ondulé par endroits. Une belle épaisseur de cailloux rend ma progression difficile. Comme ce n'est pas la saison touristique, tout est fermé, les hôtels et même les trois campings. Je trouve quand mêrme un coin très chouette près d' une rivière. La nuit est très calme car je dois être seul dans le parc, aucune circulation sur la piste et seulement le bruit de l'eau pour me bercer.

Bivouac parque Conguillo Le Llaima de plus près qu'hier
Mercredi 30 septembre Bivouac Captren - Bivouac Parque Conguillo Los Paraguas 35 km
Je quitte mon bivouac avec un temps superbe. Après 200 m de piste il y a une bifurcation, je laisse la ruta interlagos partir sur la droite et j'attaque en face une dure montée de 10 km où je rencontre tous les terrains possibles (pierres, graviers, sable en grande épaisseur, neige en grandes plaques). Je pousse tout le long car en plus de la pente, mes pneux sont des savonnettes et le poids de la remorque l'incite à se coucher dès que l'attelage n'est plus à la verticale.
Un panneau informe de la dernière colère du Llaima. Une grosse part de ce que le volcan a vomi, est là ! Dans le décor et sur la route qu'il a complètement ravagée et qui n'a pas été réparée ! Au vu de la carte, je pensais que mon itinéraire passait devant le parc gardé (en saison touristique car aujourd'hui il n'y a personne). La route le traverse et là, dès l'entrée, il est impossible de passer car un mètre de neige recouvre le chemin. Je fais donc demi tour et la descente est moins pénible, malgré deux ou trois chutes dues à mes pneux lisses. A 13h00, je suis revenu à mon point de départ et après le casse croûte à un mirador sur le Llaima, je prends la ruta interlagos.
Je grimpe une côte monstrueuse, la pire depuis mon départ de Quito. Une pente qui par endroits doit être de 30 %, complètement ravagée par le passage des 4x4 ( les seuls à pouvoir rouler sur un tel terrain). Le mélange de terre et de graviers est d'une épaisseur de 10 cm au moins. pour la première fois, je suis obligé de dételer la remorque et de monter les sacs un par un, progressivement. C'est épuisant !!! Pour gravir les 3 km infernaux, je mets plus de deux heures et demi. Dans la descente qui suit, avec mes pneus savonnettes et la fatigue, je chute au moins dix fois avant de prendre la décision de camper. Il est 17h00. Je ne suis qu'à 15 km de mon dernier bivouac et pourtant j'ai forcé comme un dingue toute la journée. C'est très dur pour le moral !!!
Je suis tout seul dans le secteur car je n'ai vu aucun véhicule de la journée et il n'y a pas d'habitation dans le parc. Il est magnigique avec son volcan central, mais dans l'état de fatigue où je me trouve, je ne l'apprécie plus !
A 19h00 je suis dans mon duvet. quelques oiseaux piaillent et dès la nuit installée, c'est le silence total.

Piste très difficile à vélo... surtout avec le chargement !
Jeudi 1er octobre Bivouac Los Paraguas - Temuco 75 km
Quand j'émerge de mon duvet, je constate que la tente est couverte de glace et je m'habille tout de suite en tenue chaude. Il fait beau et avec le soleil la glace fond rapidement mais il fait très froid à cette altitude et le vent est là. la piste de descente est heureusement en meilleur état que celle d'hier. Sans la fatigue, j'arrive à peu près à contrôler les dérapages de la roue avant et l'équilibre de l'attelage. Après 17 km je retrouve avec bonheur le goudron !!!
La route est entièrement descendante et me permet de récupérer des efforts de la veille. En perdant de l'altitude, il fait moins froid et à Temuco il fait même bon (avec la polaire et le goretex). Je suis donc dans la ville où je serai passé trois jours avant par la route directe. j'ai donc fait le mauvais choix (en cette saison) mais si j'avais évité le Parque Conguillo, je l'aurais regretté car beaucoup de personnes me l'avaient conseillé (et je n'aurais jamais su que c'était si dur...).
Parque Conguillo Le Llaima de très près
Vendredi 2 octobre Temuco - Pucon 108 km
Je quitte Temuco par un temps maussade mais pas froid (avec deux polaires et le goretex...). Je prends l'autoroute sur 28 km puis je bifurque sur une route plus calme avec peu de trafic et peu de montées. C'est une étape très facile comme celle d'hier. Après Villarica, la route longe le lac du même nom jusqu'à Pucon. Avec toutes les constructions au bord du lac, on le voit très peu et les accès aux plages sont très limités. Toute la journée j'ai cheminé à travers la belle campagne chilienne faite de grands espaces de verdure et beaucoup de bétail. Les cultures sont importantes et ici, ce sont les tracteurs qui opèrent pour labourer les champs immenses. Je m'arrête acheter du fromage dans une petite fabrique artisanale et il est très bon. J'arrive très tòt à Villarica et comme la ville n'est pas jolie, je continue jusqu'à Pucon. Je me rends tout de suite chez le vélociste acheter des pneus de vtt. Je fais cadeau des vieux schwalbe à un sculpteur sur bois qui est intéressé (il m'a donné l'adresse du magasin de vélos).
La ville de Pucon est très jolie. Toutes les maisons sont en bois et très harmonieuses. C'est une région très touristique et il y a un nombre incalculable d'hôtels aussi bien en ville que sur la route le long du lac. En cette saison ils sont presque tous fermés et c'est frustrant !!! Ce soir je ne vais pas au restaurant car il faut que je liquide mon stock de bouffe en prévision du passage de la frontière, où les produits alimentaires sont prohibés.
Avant Pucon Pucon et le volcan Villarica
Samedi 3 octobre Pucon - Bivouac Parque Nacional Villarica Puesco 65 km
Après quelques photos du volcan Villarica qui domine le décor, je sors de la ville avec le vent froid de face et en légère montée. Le ciel est nuageux mais se découvre en cours de journée. La route est très calme, les paysages champêtres toujours aussi verts et les cultures nombreuses le long du rio. A Currarehue, dernier village traversé avant la frontière, je fais le plein d'eau et de bière en prévision du bivouac de ce soir, où je vais terminer toutes mes denrées. Pendant que je fais mes achats, une dame en tenue de garde des parcs nationaux, entre pour me saluer. C'est Lili, une argentine très sympathique, qui m'a vu sur ma monture et vient pour me féliciter. Elle va parcourir la carratera austral en moto et peut être qu'on se rencontrera là bas.
peu après le village, le ripio remplace le goudron. Mes nouveaux pneus font merveille avec leurs gros crampons. Je retrouve mes sensations de vététiste dans les descentes où je maitrise enfin les trajectoires. Dans les montées, les pneus mordent bien le terrain et laissent de beaux sillages derrière moi...
Après le hameau de Puesco, j'attaque une très rude montée (10%) sur 8 km. C'est difficile mais nettement moins que sur la ruta interlagos. Après avoir poussé pendant deux heures, je suis au sommet. Il est 17h00 et je trouve un coin super pour camper, au milieu des bambous et à côté d'une grosse plaque de neige où je mets ma bière à rafraichir. Le soleil est encore présent et je suis à l'abri du vent. C'est presque le paradis !!!
Volcan Villarica Araucaria jeune

Entrée du parc Bivouac à la fraîche
Dimanche 4 octobre Bivouac Parque Puesco - Junin de los Andes (Argentine) 80 km
Je quitte mon campement avec un ciel bien couvert et un vent favorable. Le Parque Villarica est magnifique avec ses forêts d'araucarias, le rio Tancura et la superbe Laguna Quillehue où les eaux varient du vert au bleu. tout au long de la route la vue sur le volcan Lanin est remarquable. C'est le plus haut du Chili. Après 10 km je suis à la frontière. Les formalités de sortie sont très rapides car je suis le seul client. Un km plus loin, côté argentin ce n'est guère plus long car il y a une personne devant moi. Les douanières sont charmantes, se contentent de discuter avec moi et ignorent totalement mes bagages.
Quand j'attaque la descente, le décor a totalement changé. Fini les beaux espaces verts ! Ici ce sont les épineux, des buissons rabougris, une herbe jaunie et aucun arbre pour ralentir le vent qui souffle au moins à 150 km/h. Quand il me pousse, même dans les petits secteurs montants, je suis au dessus de 15 km/h. Mais dès que la route tourne, il devient latéral, j'ai beaucoup de mal à garder mon équilibre et les embardées sont nombreuses. heureusement il n'y a pas de circulation. Après 22 km de ripio, je retrouve un beau goudron bien lisse et il m'est beaucoup plus facile de contrôler le vélo. La route est descendante pendant presque toute l'étape et à 14h00 je suis dans le village de Junin de los Andes, première étape argentine de ce 2ème séjour.

Laguna Quillehue Araucaria adulte
Voilà le premier épisode chilien se termine et je commence le 2ème argentin. Gros bisous à tous et à bientôt pour la suite.